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Profession Leveur de Fonds : Chausson Finance

Pour traiter de la levée de fonds, qui était mieux placé que Chausson Finance ? Voici donc l’interview de Christophe Chausson, le pionnier du fundraising en France.

  

1. Bonjour Christophe, c’est quoi Chausson Finance (CF) ?

Créée il y a 20 ans, CF est spécialisée dans la levée de fonds pour les sociétés à fort potentiel de croissance. Pour prendre une analogie, CF est aux capitaux ce qu’un chasseur de tête est aux dirigeants. Si un entrepreneur peut toujours aller lever des capitaux en direct auprès d’investisseurs en capital-risque, le fait qu’il confie cette mission à un acteur comme CF lui confère les avantages suivants :

1/ Maximiser ses chances de réussir sa levée.

2/ Le faire dans de bonnes conditions de valorisation et de pacte d’actionnaires.

3/ Se donner l’opportunité de faire entrer à son capital un investisseur à valeur ajoutée.

4/ Réduire de 50% le temps qu’il va lui même consacrer à cette démarche.

2. Chausson Finance en trois chiffres (Equipe, nombre de deals, montants levés)

Nous sommes quatre associés. Depuis l’origine, CF à réalisé plus de 150 opérations et levé plus d’un demi milliard d’euros de capitaux. Ces montants ont été levés principalement auprès de sociétés de capital-risque françaises et européennes, mais aussi auprès de business angels. Si chacune de nos opérations sont toutes de belles aventures entrepreneuriales, il y en a dont nous sommes particulièrement fières comme les trois tours de table montés successivement pour Sarenza (l’une des plus belles success story de l’ecommerce européen), également les trois tours réalisés pour l’éditeur de logiciels open source Talend (l’un des rares éditeurs français à avoir réussi son implantation aux US), le tour de table pour le réseau social Viadéo, ou encore les capitaux levés pour AlloCiné, Netcentrex, Corevalve, Intégra, Notrefamille, Vente à la Propriété, Delamaison, PurePeople, …

3. Quel est votre modèle économique ?

Nous sommes rémunérés par une commission de succès. Celle-ci est un pourcentage des capitaux effectivement levés. Elle est payée lors de l’entrée des investisseurs. Nous intervenons à tous les stades de vie de l’entreprise : de l’early stage au late stage et pour des tours de table de €2m à €10m. En cas de « coup de coeur » nous sommes également à même d’intervenir pour des montants de levées inférieures.

4. Quelles sont vos différences par rapport aux autres leveurs ?

Les investisseurs en capital-risque se réveillent chaque matin en se demandant si dans la journée, ils vont avoir la chance de rencontrer le futur Facebook, Amazon ou Apple. Ils investissent avant tout sur de belles histoires d’entreprises. Il est donc clé de se présenter à eux en sachant cela. Nous sommes reconnus pour savoir, peut-être plus que d’autres, aider nos clients entrepreneurs à raconter ce type de belles histoires qui vont faire rêver les investisseurs et ainsi, augmenter les chances de capter leur intérêt. Cette expertise tient beaucoup à mon métier d’origine qui est le marketing et la communication acquise au sein des groupes de publicité Publicis et RSCG. A cette première différence, j’en ajouterais une deuxième qui est le fait que nos vingt années de pratique et nos 150 levées de fonds réussies nous donnent une expérience unique sur ce métier.

5. Dans quels cas conseilles-tu à une startup de lever des fonds ?

J’ai coutume de comparer une levée de fonds à une course de haies sur la distance d’un marathon ! C’est donc une démarche à n’entreprendre que si l’on a le profil pour lever et que l’on est dans le bon timing. Au risque de perdre beaucoup de temps et … le moral. Pour ce qui est du profil: seules les entreprises qui ambitionnent de réaliser plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires à 5 ans et d’occuper une position de leader sont éligibles. Pour ce qui est du timing, l’idéal est de lever quand on a déjà des premiers clients et donc du chiffre d’affaires. Dans le cas contraire (aucun chiffre d’affaires), c’est possible, mais le minimum est de pouvoir montrer de la traction : croissance du nombre d’utilisateurs ou des téléchargements dans le cas où votre nouveau produit/service est utilisable gratuitement dans un premier temps.

6. Et de ne pas en lever ?

Attention si vous n’avez pas ce profil ou que vous n’êtes pas dans le bon timing, n’essayez pas de lever des fonds, choisissez de vous financer plus classiquement,… par vos clients par exemple !

7. Comment calculer la valorisation de son entreprise lors d’une augmentation de capital ?

Pour ce qui concerne la valorisation des startups on ne peut pas utiliser les méthodes traditionnelles de valorisation compte tenu de l’absence d’historique de rentabilité. Selon la maturité de la startup et son degré d’avancement, c’est un mix de plusieurs approches. Dans un premier temps il sera recherché quelle devrait être la valeur dans 5 ans compte tenu du prévisionnel. A cet horizon la société sera rentable et il donc possible d’appliquer un multiple de l’Ebit et d’obtenir la valeur dans 5 ans. A cette valeur on va appliquer un diviseur (qui correspond au multiple attendu par l’investisseur et qui dépend de son appréciation du risque) et ainsi obtenir la valorisation aujourd’hui. Cette première approche sera confortée ou corrigée par ce que j’appelle une valeur de marché et qui est la valorisation moyenne à laquelle se sont fait les tours de table dans les mois antérieurs pour des sociétés de même type en termes de maturité, de secteur etc…

8. D’après ton expérience, quelles sont les qualités principales d’un créateur d’entreprise ?

Il n’y a pas de profil type de « bon » créateur d’entreprise. Il est aussi bien jeune ou vieux, autodidacte ou sur-diplômé, homme, femme, seul, ou en équipe, etc… Par contre, il existe quelque chose de commun à tous ceux qui réussissent : ils possèdent Vision et Energie. Ces deux ingrédients sont indissociables. Une idée seule ne vaut rien, quelle que soit sa qualité. Tout le monde est capable d’avoir une idée. L’important c’est l’énergie qui est mise dans l’exécution de cette idée.

9. Et le défaut rédhibitoire ?

Le créateur d’entreprise qui crée pour faire fortune ! Car cela ne marche pas. Croyez-vous que les Mark Zuckerberg, Jeff Bezos ou autres Steve Jobs ont démarré leur entreprise pour faire fortune ? Non. Ils l’ont créé pour révolutionner le monde…

10. Allez, on est entre nous, un conseil exclusif pour les lecteurs de Business Angel France qui s’apprêtent à lever des fonds

Travaillez votre pitch. Ou devrais-je dire travaillez vos pitchs. Dans la perspective où vous pouvez croiser un investisseur à n’importe quel moment et n’importe où,vous devez être toujours prêts avec vos 3 pitchs. Le premier doit tenir en une phrase qui doit pouvoir être inscrite au dos d’une carte de visite. C’est par exemple « le Meetic des relations professionnelles » pour Viadeo, « le Zappos européen » pour Sarenza ou encore « We match smart money with great entrepreneurs » pour Chausson Finance. Le deuxième pitch doit tenir en une minute. C’est celui que vous délivrez à l’interlocuteur dont la curiosité a été éveillée par le premier. Ce pitch d’une minute peut être comparé à la bande annonce pour un film. Il ne doit pas tout dire mais seulement mettre en avant les 2-3 aspérités fortes de votre business. Le troisième pitch est un slide show de 15-20 slides (maximum) qui vous permet de rentrer plus dans le détail une fois votre interlocuteur prêt à investir de son temps sur l’étude de votre dossier.

Merci, Christophe.

Le bonus de Patrick

  • Si vous voulez réussir votre entreprise, écrivez une belle histoire…vraie, n’est-ce pas Michel et Augustin ?
  • Toutes les startups ne sont pas destinées à lever des fonds. Un exemple ? Juste à temps, où j’ai très bien réussi en travaillant mon fond de roulement
  • Ne créez pas votre boite pour faire fortune et suivez les conseils de Stéphane Castellani.
  • « Travaillez votre pitch… ». Je rebondis sur la conclusion de Christophe pour vous recommander Ideas on Stage, la startup des amis Pierre et Phil. J’ai eu la chance de participer comme jury de leur première conférence et je peux vous dire qu’ils sont au top en matière de formation aux pitchs.

Exécution, les ami(e)s !

Patrick

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7 Réponses à Profession Leveur de Fonds : Chausson Finance

  1. Cédric Labeau 20 novembre 2011 at 12:00 #

    Merci à Christophe pour tous ces conseils!

    C’est effectivement primordial de travailler son pitch pour se donner toutes les chances de saisir de belles opportunités.

  2. BROUCHET André 20 novembre 2011 at 14:39 #

    Pas « son » pitch, Cédric, mais SES Pitchs… Comme le dit très bien Christophe CHAUSSON.

    Merci à Patrick pour son « évangélisation ».

    Il a « la vision et l’énergie » du toujours jeune créateur de profits et se positionne toujours « JUSTE A TEMPS », pour … la Planète !

    Un Leveur de … Ressource(s).

  3. Cédric Labeau 20 novembre 2011 at 17:54 #

    C’était pour voir si vous suiviez André 😉

  4. Claire T 20 novembre 2011 at 18:43 #

    Tout me semble « juste » dans l’article de Monsieur Chausson.

    A part ce hic (cet énooorme hic):

    « Les investisseurs en capital-risque se réveillent chaque matin en se demandant si dans la journée, ils vont avoir la chance de rencontrer le futur Facebook, Amazon ou Apple. Ils investissent avant tout sur de belles histoires d’entreprises. Il est donc clé de se présenter à eux en sachant cela. Nous sommes reconnus pour savoir, peut-être plus que d’autres, aider nos clients entrepreneurs à raconter ce type de belles histoires qui vont faire rêver les investisseurs et ainsi, augmenter les chances de capter leur intérêt.  »

    Cela en dit long sur l’incapacité des acteurs à faire des affaires gagnantes gagnantes et par contre leur immense pouvoir de tordre tout de travers.

    Raconter de belles histoires ou le storytelling ! Oui et alors ?

    Ne croyez-vous pas qu’il serait plus malin de détecter les Facebook ou autres Microsoft Apple de demain, ces belles boîtes attendues par tous, au lieu de raconter des « histoires » sur des boîtes qui ne seront jamais autrement plus belles que ce que raconte « l’histoire » ?

    Car la propagande reste de la propagande ! De la fumée qui une fois l’argent rentrée s’évaporera dans le ciel sans plus laisser de trace !

    Il y a une véritable incurie dans ce pays, que l’on camoufle avec le marketing et la pub ! Il ne faut pas « raconter des histoires » ce qu’il faut c’est « construire l’histoire » ; « l’histoire de demain » ! Et pour cela, il faut ouvrir les yeux , les oreilles et regarder le réel bien en face ; l’entrepreneur bien en face… Et peut-être alors que vous trouverez beaucoup de nouveaux « Bill » et de « Jobs » autour de vous… Comme si il en pleuvait !

  5. Claire T 20 novembre 2011 at 18:55 #

    J’ajoute que lorsque il faut raconter des histoires pour capter l’intérêt, pour c’est déjà mort ! « la boîte » n’a aucun avenir sérieux !

  6. BROUCHET André 20 novembre 2011 at 19:04 #

    Ahhhhhhhhhhh ! Le piège des mots… Car au fond vous êtes d’accord, ce qui importe c’est la vision suivi de pragmatisme, ou plutôt, car l’histoire, pardon, l’Histoire, se construit peu à peu et la vision s’affine avec l’horizon qui s’éloigne, découvrant de nouveaux territoires. Trouver son « Océan Bleu » est don la première préoccupation d’un créateur d’entreprise, en évitant les « Océans Rouges » peuplés de concurrents. Et laisser voguer son esprit sur cet Océan, en n’évitant pas les hasards heureux (la fameuse « serendipity »). « Raconter une histoire » aux investisseurs et aux partenaires c’est donc bien aussi « construire l’histoire » en leur montrant en quoi ils sont parties prenantes de cette Histoire là. La Grande, celle de Google, Apple, FaceBook, même si, au début ce n’est qu’une histoire d’ados boutonneux « se la jouant grave »… Savoir rebondir, voilà le secret, et savoir s’entourer, mais en tenant FERMEMENT, les rênes. Comme disait Feu Steeve Jobs, en poursuivant son Rêve, son histoire à soi, et en y entrainant les autres, et en particulier ses CLIENTS …

  7. Claire T 20 novembre 2011 at 19:36 #

    Je ne crois pas André, que le piège soit dans les mots ! Il suffit de regarder comment en France (depuis 30 ans) comment nous avons été bien incapables de construire des sociétés de la valeur de celles citées, par M Chausson et qui se développent Outre Manche (et qui ferait de chaque lever de business angel un grand moment de bonheur) !

    Et la raison en est simple : il n’y a pas de lieu pour PROTEGER pour faire grandir ces futures pépites dans notre pays ! C’est comme si on mettait ces bébés prometteurs au froid et aux grands vents dès leur naissance, voire qu’on battait leurs mamans, ou qu’on mangeait les poules (aux oeufs d’or),… avant qu’elles n’ accouchent ou ne pondent !

    Les bébés, fort de potentiels nouveaux, qui auraient des chances de devenir des « grandes entreprises » sont tous tués dans l’oeuf! Seuls les « coucous », qui se mettent dans les starts-up en fraude, arrivent à capter toute la nourriture (les financements) pour grandir et se présenter devant les investisseurs … Mais là évidemment « le coucou » avec son plumage terne, son manque de vraie vision, a besoin de raconter « une histoire » pour pour faire croire qu’il sera bien le phénix de ces bois !

    Sinon, s’ils n’étaient pas morts « bébé », on aurait des vrais capitaines , qui eux n’ont pas besoin de storytelling d’illusion construite pour découvrir des mondes nouveaux : il leur suffit de décrire leur vécu, et leur « vision » ou l’horizon qu’il entende atteindre… pour commencer à réaliser ces rêves.

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