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Le nez dans le guidon, vous connaissez ?

Article de Stéphane Castellani

Vous avez créé votre startup ? Tôt ou tard, vous allez vous retrouver « le nez dans le guidon ». Le sentiment que tout va trop vite et que vous avez du mal à suivre … Je suis au regret de vous dire que c’est une étape inévitable de votre développement.

Cet article vise à vous en expliquer les raisons et vous donner quelques conseils personnels pour traverser au mieux cette période.

Pourquoi est-ce inévitable ?

Avoir le nez dans le guidon traduit le fait d’avoir une masse de travail beaucoup trop importante à gérer par rapport à vos disponibilités et capacités opérationnelles. Du coup, tout s’accumule, les emails, les dossiers urgents à traiter, la gestion du personnel et de son recrutement, la recherche de clients … Et vous ne savez plus par où commencer car tout est devenu prioritaire.

La raison principale qui amène à cette situation est une croissance rapide. Croître rapidement est en effet extrêmement compliqué. Cela implique souvent une trésorerie tendue (investir avant de toucher les revenus additionnels) ainsi qu’une structuration nécessaire de l’entreprise qui vous rend plus fort mais également moins agile.

Mais en tant que startupper, avez-vous vraiment le choix ? Vous êtes condamné à croître rapidement ou mourir. La raison en est qu’il faut maintenir votre avance technologique et votre avance marketing et commerciale sur un marché globalisé.

Quand est-ce que ca me tombe dessus ?

Au démarrage, vous construisez votre produit, le temps vous est donc compté pour le mettre sur le marché au plus vite. Vous êtes déjà dans une course contre la montre. Mais il s’agit à ce stade d’efforts à mener sur un seul front. Vous êtes comme un hors-bord, avec peu de contraintes financières et de structure. Certes, vous avez beaucoup de travail, mais tout est sous contrôle.

Une fois votre produit sur le marché, c’est là que tout se complique. Vous allez devoir d’une part financer son évolution (un produit technologique qui n’évolue plus a une durée de vie très courte en règle générale) mais surtout vous mettre en recherche de financements et de revenus. Vous passez d’un mode « sur un seul front » à un mode « sur plusieurs fronts ». En tant que patron, vous allez bien évidemment devoir être présent sur tous ces fronts afin de vous assurer que tout avance mais vous allez du coup forcément constater une baisse de régime dans les domaines auxquels vous vous consacriez à temps quasi-plein auparavant. D’où l’intérêt d’avoir plusieurs associés très complémentaires qui partagent une vision commune et se distribuent les rôles.

Comment réagir ?

Au un moment où un autre, vous allez sentir qu’il devient impossible de tout gérer. Les premiers symptômes sont le constat que vous « loupez » des choses et que vous ne les faites plus bien. A ce moment là, il faut réagir vite :

–          Si vous avez l’état d’esprit conquérant (risk taker) et ne souhaitez pas ralentir votre croissance, recrutez du personnel (n’attendez pas de pouvoir le rentabiliser immédiatement, il s’agit d’un investissement moyen terme). C’est cette option qui est employée par les startups américaines en forte croissance, ce qui explique leur croissance d’effectif fulgurante.

–          Si vous êtes beaucoup plus conservateur, identifiez parmi toutes vos priorités celles qui ne sont pas « critiques » pour la société et mettez les de côté pour plus tard, « le jour où ca ira mieux » (probablement jamais). Une activité critique est une activité qui a un impact immédiat sur la pérennité de votre entreprise (la gestion financière en est une, le développement commercial en est un autre, le comblement d’une lacune importante de votre produit également).

Avoir le nez dans le guidon est certes inévitable mais il est clair qu’il s’agit d’une situation extrêmement stressante et délicate pour l’entreprise. La prise de recul est essentielle pour ne pas foncer dans le mur. Conseil personnel : ne laissez pas une telle situation s’installer plusieurs mois.

Pour l’anecdote, chez LooknBe.com, nous avons été pris dans le développement très rapide de notre communauté (55.000 membres en 7 mois). Nous ne nous attendions pas à une croissance aussi rapide et cela a généré énormément de travail interne sur le produit (je vous laisse imaginer les serveurs et l’optimisation logicielle qu’il faut avoir derrière). Et il a fallu gérer cela en même temps que la recherche de nouveaux bureaux, le recrutement des collaborateurs, notre développement international et la mise en place commerciale. « La tête dans le guidon », je connais donc moi aussi mais je me soigne régulièrement … merci à mon épouse Olga et merci à Patrick, mon partner BAF !

[Conclusion de Patrick : Pour avoir moins le nez dans le guidon, apprenez à devenir moins perfectionniste; en effet, il faut mieux “livrer” un produit ou un service même imparfait que d’attendre la perfection…que vous n’atteindrez jamais. Sinon, quand vous êtes malgré tout surbooké, apprenez à ne pas être irritable avec vos collaborateurs, clients, fournisseurs…]

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3 Réponses à Le nez dans le guidon, vous connaissez ?

  1. cedric labeau 24 mai 2011 at 18:18 #

    Un article rassurant et de sages conseils merci!

    J’avoue avoir eu du mal à me fixer les bonnes priorités. A vouloir tout faire, on finit par ne plus rien faire d’efficace et on se fatigue.
    Ce n’est pas toujours facile de déléguer, ça demande d’avoir pleinement confiance en ses collaborateurs.
    Je vais suivre le conseil d’être moins perfectionniste!

  2. Serena 25 mai 2011 at 11:33 #

    Super article. Garder la tête froide donc pour faire face au stress! C’est pas donné à tout le monde.. bravo pas évident de garder le cap et j’ai l’impression que Look’n’Be le fait avec brio 😉

  3. Emmanuel 25 mai 2011 at 11:47 #

    Pour avoir une V2 il faut avoir une V1 😉

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