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Le capital investissement, pour financer qui et quoi ?

Dans la série “guest blogging”, Business Angel France a le plaisir d’accueillir Jean-Philippe Martinez, concepteur du blog  Capital Social destiné aux entrepreneurs en quête de financement. Jean-Philippe est consultant au sein du cabinet Interfaces, directeur des pépinières d’entreprises Eole et Innoveum et expert auprès d’incubateurs (HEC, Ecole des Mines…).

Voici son article.

Le capital investissement nait de la rencontre entre un entrepreneur et un financier qui font œuvre commune afin de minimiser les risques tout en espérant en retirer les fruits.

4 NOTIONS FONDAMENTALES ( dont une induite):

1- Faire œuvre commune

L’entrepreneur va apporter un prototype, un brevet, une entreprise déjà en fonctionnement depuis plusieurs années. La société de capital investissement va apporter ses conseils en management, stratégie, finance et son carnet d’adresses mais surtout de l’argent.

2- Les risques

  • Le risque de faillite : L’entrepreneur va prendre en compte:

Risque A: la perte potentielle des sommes investies dans la société.

Risque B: un coût d’opportunité qui représente l’équivalent salaire qu’il aurait perçu s’il n’avait pas créé son entreprise. “Vous comprenez monsieur le financier si j’étais salarié au sein du groupe DUMOULIN je toucherais un salaire de 100 000 euros par an”.

La société de capital investissement va prendre en compte un seul risque: la perte potentielle des sommes investies dans la société.

  • Le risque de rentabilité

Le risque pour la société de capital investissement est que l’entreprise n’atteigne pas un niveau de rentabilité jugé suffisant. Une entreprise qui afficherait des résultats constants ne constituerait pas une bonne « affaire » pour la société de capital investissement. En effet il lui serait difficile de réaliser une plus value sur la cession des actions si la société bien que rentable présente des résultats stagnants. Pour justifier le prix de vente par action à 200 euros alors qu’elles ont été achetées 100 euros mieux vaut montrer que dans l’intervalle la société a créée plus de valeur.

  • Le risque d’illiquidité

La société de capital investissement a fait l’acquisition de titres de votre société afin de financer vos projets de développement. Cette collaboration est sur du moyen terme, dans la mesure où celle-ci a comme objectif de revendre sous 5 ans en moyenne les actions. Ce faisant pendant une période non déterminée précisément la société de capital investissement ne va pas pouvoir vendre ses titres, elle est donc dans l’impossibilité de rendre « liquide » au sens financier du terme ses actions.

Dans le cas d’une entreprise innovante la société de capital risque va devoir attendre la fin de la phase de prototypage, la fin des premières démarches commerciales et de production avant de pouvoir envisager la cession des titres à un industriel par exemple. Le problème réside lorsque l’entreprise ne présente pas une situation économique suffisamment attrayante pour que la société de capital investissement trouve un repreneur de ses titres. Dans ce cas elle se trouve collée à l’entreprise, et donc ne peut pas rendre liquide sa participation. Elle ne peut que constater une immobilisation financière qui la prive d’autres opportunités. De nombreuses sociétés de capital investissement ont connu cette problématique notamment suite aux investissements réalisés pendant la « bulle internet ». Depuis 5 ans la situation est de nouveau plus saine et globalement les sociétés de capital investissement ont retrouvé des marges de manœuvres.

3- Le partage des fruits

L’association entre l’entrepreneur et le financier a comme objectif principal la création de « nouvelle valeur ». Cette notion de création de valeur est appréciée de manière différente selon les deux parties en présence:

a) L’entrepreneur va analyser :

  • l’évolution de son salaire,
  • l’évolution de ses « rémunérations annexes » (prise en charge de frais kilométriques, des frais de restauration, des frais de représentation, bien évidemment toutes ses dépenses ont toujours un lien avec l’activité principale de l’entreprise; si, si je pense ce que je viens d’écrire est naïf vous croyez ?)
  • l’évolution des dividendes perçus.

Par exemple grâce à l’entrée au capital d’une société de capital risque l’entreprise a pu financer l’acquisition d’une nouvelle chaîne de production. Ce faisant le chiffre d’affaires a augmenté et le résultat net comptable après impôt sur les sociétés est passé de 10 000 euros en 2009 à 50 000 euros en 2011. Notre entrepreneur possédant 80% des actions de la société va pouvoir toucher un revenu appelé dividende à hauteur de 40 000 euros (80% de 50 000 euros). Alors que l’année précédente bien qu’ayant 100% du capital il a perçu 10 000 euros de dividende.

  • l’évolution ou le maintien du statut social:

Etre chef d’entreprise c’est également bénéficier d’une image, d’un statut social, voire souvent d’une identité qui se confond avec celle de son entreprise. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi certains entrepreneurs dépassent les 70 ans et continuent de piloter leur entreprise sans songer véritablement à la transmission. Il est évident que lorsque pendant 30 ans vous avez travaillé 5 à 6 jours par semaine et entre 10 à 12 heures par jour, l’entreprise a nourri probablement votre portefeuille mais également votre personnalité. Pas facile d’abandonner un costume qui vous va si bien…

Si à 99% les opérations d’ouverture de capital à des financiers résultent plus d’une obligation qu’une adhésion naturelle, il n’est pas rare que l’entrepreneur en question soit flatté d’avoir comme associé une société de capital investissement.

b)- La société de capital investissement va analyser :

  • La rémunération qu’elle pourrait percevoir au titre des dividendes.

Néanmoins dans le cadre de projet de création d’entreprise la probabilité de distribution de dividende est faible, dans la mesure où le résultat net comptable est réinvesti en général dans l’entreprise afin de financer de nouveaux investissements, constituer un fonds de trésorerie.

  • La plus value éventuelle qu’elle va percevoir lors de la revente des actions.

Pour financer votre projet la société de capital risque vous a acheté chaque action 200 euros. Quelle est la probabilité que dans 5 ans chaque action vaille 300, 400, 800 euros ? La rémunération de la société de capital investissement va donc résulter de la différence entre le prix de vente et le prix d’achat de chaque action.

  • Une troisième rémunération peut résulter d’un placement non pas sous la forme d’actions mais d’obligations convertibles. Dans ce cas la société de capital investissement adopte un comportement hybride entre le banquier et l’actionnaire. En effet la société de capital investissement va prêter de l’argent à votre entreprise avec la possibilité de convertir ce prêt en actions quand elle le souhaite.

Nous aborderons probablement l’intérêt de ce type de placement ultérieurement mais ce qu’il faut retenir c’est qu’avec les obligations convertibles, le financier peut sous certaines conditions recevoir une rémunération sous la forme d’un double taux d’intérêt (taux d’intérêt sur les sommes prêtées et « taux d’intérêt » sur la non conversion des obligations en actions)

4- Le rapport entre la rentabilité prévisionnelle et le risque perçue

Les opérations de capital investissement s’analysent du point de vue de l’investisseur comme une opération de placement financier. Votre entreprise, votre projet constitue une opportunité de placement comme peut l’être le placement sur Le Livret de Développement Durable (ex CODEVI), un PEL ou l’achat d’actions cotées au CAC 40.

Désolé de vous l’annoncer comme cela, mais à ce stade de votre recherche de financement vous ne représentez qu’une opportunité de placement. Ce faisant le chargé d’affaire qui analysera votre projet de création (si vous êtes un jeune entrepreneur) ou de développement (si vous êtes une PME-PMI mature) va faire le lien entre les probabilités de revenus et plus-value futurs et les risques encourus comme nous l’avions indiqué plus en amont. D’une manière générale, certains diront de manière théorique, les sociétés de capital investissement ne refusent pas en tant que telle la prise de risque. Car c’est la prise de risque qui potentiellement peut générer une plus value confortable.

Supposons deux entreprises qui affichent une rentabilité équivalente de 100 000 euros chacune (résultat net comptable).

  • L’entreprise Vieux moulin qui existe depuis 10 ans. Compte tenu de son passé, pour obtenir 20% du capital, la société de capital investissement va devoir payer 1 600 000 euros.
  • L’entreprise Précosse bébé qui elle existe depuis 1 ans. Compte tenu de la jeunesse de l’entreprise, ses associés ne pourront probablement pas obtenir la même valorisation que celle obtenue par l’entreprise Vieux moulin. En effet, toute chose étant égale par ailleurs (excusez-moi mon côté financier/scientifique qui remonte), le risque d’une jeune entreprise semble plus élevé que celle d’une entreprise mature. Ce faisant pour obtenir 20% du capital, la société de capital investissement va débourser 800 000 euros.

Au final l’entreprise Précosse bébé constitue une opportunité d’investissement plus intéressante puisqu’elle offre une rentabilité de 12,5% (100 000/ 800 000 * 100) alors que l’entreprise Vieux moulin affiche une rentabilité de 6,25% (100 000 / 1 600 000 *100).

Cet exemple qui traduit la relation proportionnelle qui existe entre la rémunération d’un placement et son risque, vous la connaissez également à titre personnel.

En effet si vous placez votre épargne sur un Livret, vous ne prenez aucun risque par contre la rémunération sera également très faible. Par contre si vous achetez des actions cotées sur le marché boursier (CAC 40 par exemple) votre rémunération potentielle sera supérieure mais le risque également.. à vous de choisir.

Merci, Jean-Philippe, pour cet article très éclairant et formateur sur le capital investissement.

Et à qui le tour pour pour le guest blogging ?

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5 Réponses à Le capital investissement, pour financer qui et quoi ?

  1. Claire T 11 mars 2012 at 19:26 #

    je profite de ce billet pour demander : pourquoi une société de capital investissement doit-elle apporter ses conseils en management, stratégie et finance ? Son carnet d’adresses et son argent, je veux bien puisque c’est sa monnaie d’échange présente contre les gains futurs que lui offre l’entreprise. Mais je ne comprends pas cette position d’accompagnateur : c’est la direction de l’entreprise qui sait le mieux tout ça ?

  2. Jean-Philippe 12 mars 2012 at 12:39 #

    Claire, effectivement du point de vue de l’entrepreneur l’apport de fonds reste la motivation première pour intégrer une société de capital investissement. Il en demeure pas moins que souvent j’assiste à une sous mobilisation du chargé d’investissement par l’entreprise financée.
    C’est dommage car les chargés d’investissement ne sont pas des juniors, ils totalisent un nombre conséquent d’investissements, une connaissance de nombreux marchés, une expérience dans la gestion de la croissance…

    Sans compter qu’il s’agit pour l’entrepreneur d’être dans une position d’écoute, il reste libre..d’autant plus qu’en général la société de capital investissement reste minoritaire en droit de vote….

  3. Rocky 18 mars 2012 at 15:12 #

    Super article !!

  4. Jean-Philippe 19 mars 2012 at 23:04 #

    Merci Rocky

  5. Sylvain de france-reference.fr 21 mars 2012 at 16:36 #

    Bonjour,

    Merci pour ces articles tous intéressants et nourris d’exemples.

    Bravo et bonne continuation

    Cdt

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