A quel moment arrêter sa startup ?

dim, juin 12, 2011

Création entreprise

Pour traiter de cette délicate question, j’ai fait appel à Romain Lhez , qui connait bien le sujet comme fondateur de www.myeasypet.com. Voici son article.

The Best Entrepreneurs Know How To Fail Fast (sic). Cette idée est endossée par Mark Pincus, le célèbre fondateur de Zynga. A mon avis, elle a comme énorme inconvénient de faire penser aux jeunes entrepreneurs que s’ils ne réussissent pas avec leur jeune pousse au bout de 6 mois, ils ne réussiront jamais.

Comment est née cette idée ?

La barrière à l’entrée pour créer un site Internet s’est considérablement abaissée au cours des récentes années : développement de l’offshore, de sites de crowdsourcing, outils open source gratuits, baisse des coûts de stockage… Nombreuses en sont les raisons. Avant même d’en arriver là, des méthologies de pré-tests existent pour permettre de “sentir son marché”. Une page d’accueil, un formulaire voire une mobi carte et 100 € d’Adwords (offerts !)  peuvent permettre de se faire une première idée et de choisir en conséquence les fonctionnalités à mettre au coeur d’une première version. Cette facilité d’accès et la possibilité de mesurer les résultats à moindre coût ont abouti à une idée en vogue aux Etats-Unis : Scale fast or Fail fast. Il est possible de lancer plusieurs prototypes à moindre coût avant de miser gros sur le cheval gagnant.

Toute oeuvre de communication pour être efficace doit être simplificatrice. Je pense que dans son contexte, ce conseil n’est pas erroné, mais il s’applique de façon très différente aux entrepreneurs selon leur “statut”. Dans cet article, je passe en revue rapidement les parties dédiées à “l’entrepreneur expérimenté” et à “l’entrepreneur venu de la grande entreprise” et j’insisterai d’avantage sur celui que je peux illustrer le plus facilement : celui du “néo-entrepreneur insouciant et laborieux” ou “Padawan entrepreneur”.

L’entrepreneur expérimenté

Le maître Yoda de l’entrepreunariat est respecté voire vénéré. La valeur n’atteignant pas le nombre des années, il peut tout aussi bien avoir 27 ans ( cf. l’autre Mark). Il a déjà lancé un ou plusieurs projets qui ont été des succès. Mu par sa passion dévorante pour l’entrepreunariat, il ne peut plus s’arrêter.En plus d’être opérationnel sur un nouveau projet tous les 4-6 ans, il est souvent Business Angel voire VC.

Le Scale Fast or Fail fast s’applique parfaitement à sa situation. Il a un confortable matelas financier et peut rapidement activer ses réseaux pour donner de l’envergure à ses projets (partenariats, recrutements…). Il sait parfaitement que parmi ses investissements et ses nouvelles tentatives il y a aura du “déchet” mais également que de belles réussites les compenseront largement.

L’entrepreneur venu de la grande entreprise

Le cadre supérieur venu de la grande entreprise, tel Han Solo montant à bord de son vaisseau, cherche un peu de frisson dans sa vie professionnelle. Il est confiant dans son projet car il a repéré des opportunités écartées par le grand groupe où il travaillait jusqu’à présent. Son ancien employeur ou un client de son entreprise serait prêt à tester la solution qu’il se prépare à mettre au point. Tout semble parfait sur le papier et il y a pourtant un hic : il a du mal à percevoir que la grande entreprise lui apportait un certain confort. Il va aujourd’hui devoir tenir ou superviser sa comptabilité, porter lui même ses lettres AR à la Poste ou se retrouver englué dans des textes de loi imbitables. Comme si cela ne suffisait pas, le fait de troquer son costume gris contre un sweet à capuche confort lui fait perdre (en tout cas provisoirement) une partie de son statut social.

Il va donc devoir s’habituer à régler tout un tas de difficultés quotidiennes dont il n’avait pas mesuré l’ampleur…Ce qui implique un démarrage plus lent que prévu alors qu’il a promis à sa femme de limiter le sacrifice à “un an sans vacances” ( Rajout Patrick « et sans rentrée d’argent« ). Dans ces conditions, il me semble que le “Scale Fast ou Fail fast” est plus difficile à concevoir. Pour ne pas retourner dans la grande entreprise, il va devoir en effet faire preuve d’une bonne dose d’humilité et de ténacité…

Le néo-entrepreneur insouciant et laborieux

En tant que Padawan, je me permets de repasser ici à la première personne pour éviter tout roman fiction douteux.

J’ai une expérience en entreprise limitée (3 ans et demi dans 3 boîtes différentes), suis un brin idéaliste et me suis dit que j’étais aussi malin que n’importe quel entrepreneur qui a réussi. Pourtant depuis deux ans que je travaille sur MyEasyPet.com, j’ai passé 5 entretiens d’embauche (deux 9 mois après les débuts, trois 8 mois plus tard). Autant dire, que je me suis plus d’une fois posé la question d’arrêter ma startup pour commencer à “faire carrière” avant d’avoir 30 ans. Pourtant, au cours de ces deux ans, presque sans m’en rendre compte, j’ai jour après jour accumulé de petites quantités de savoir qui me permettent aujourd’hui d’avoir une vision à peu près claire sur :

  1. Les besoins de mes clients en matière de services pour animaux.  Comprendre le besoin de ses clients potentiels n’est pas une mince affaire. Pour moi, cela est passé par plus d’un an à répondre au téléphone. Plus que toute étude marketing, rien ne vaut une situation d’achat où le client a le choix entre sortir sa carte de crédit et abandonner.
  2. L’état des possibilités du Web en matière de développement informatique et de communication. N’étant pas développeur, comprendre les grandes bases du développement Web et détecter les opportunités de communication à moindres frais, s’est fait en étant scotché à ma timeline Twitter et en me nourrissant de l’expérience des autres.
  3.  La stratégie à suivre pour MyEasyPet.com  pour les années à venir. C’est la résultante des deux premiers éléments auquel s’ajoute l’aide et le soutien de nombreux amis ainsi que les rencontres très enrichissantes que j’ai pu faire dans différents événements Web au premier rang desquels je compte l’Open Coffee Paris où je me rends hebdomadairement presque religieusement.

La route est encore longue pour MyEasyPet.com. Je suis très heureux d’avoir lancé un produit qui corresponde dans ses grandes lignes à ce que je souhaitais. Je suis très satisfait des retours utilisateurs une semaine après le lancement tout en pensant déjà aux prochaines évolutions. Le prochain gros défi qui m’attend est d’arriver à structurer ce qui est aujourd’hui un site Internet en véritable entreprise… Il y a du boulot !

Une chose est certaine. Je rejoins complètement Guilhem Bertholet quand il dit que l’arrêt prématuré est une des principales causes d’échec d’une startup et Mark Suster qui fait de la ténacité la première qualité d’un entrepreneur.

Le fait de ne pas avoir eu de traction trop tôt avec MyEasyPet m’a donné la niaque nécessaire pour véritablement porter ce projet et envisager sérieusement de lui faire prendre une certaine dimension. En aucun cas, je ne donnerai comme conseil à un néo-entrepreneur d’abandonner après quelques jours son projet si le premier A/B testing sur un WordPress n’atteint pas le résultat escompté. Pour répondre à la question initiale “quand mettre fin à sa startup ?” je dirais qu’il faut que les circonstances vous poussent à ne plus pouvoir faire autrement.

PS : La façon dont est résumée la pensée de Mark Pincus le trahit quelque peu. Dans l’interview vidéo du billet, il parle de faire évoluer rapidement son produit en “coupant” des fonctionnalités qui #fail et de l’échec qu’il a connu avec Tribe du fait d’un trop fort engouement initial pour le service.

Merci, Romain, on sent qu’il y a du vécu, et tous mes voeux de réussite !

Quant à moi, pour une fois que je joue les modérateurs, voici mes conclusions sur le sujet :

  • 100% d’accord pour s’accrocher à sa startup au début; c’est toujours frustrant de s’arrêter alors qu’on n’a pas tout essayé. Maintenant, avant de démarrer, assurez-vous que les conditions soient réunies pour tenir un certain temps (tréso notamment). Et faites-vous accompagner.  
  • Ne vous entêtez pas surtout si vous êtes à court de trésorerie et que votre équilibre personnel et familial est menacé. Dans ces cas-la, arrêtez proprement (vis à vis des collaborateurs, clients, fournisseurs), refaites vous une santé et des réserves financières comme salarié…avant de créer votre 2° entreprise qui va cartonner.

Cordialement.

Patrick

, , , , ,

3 Réponses pour “A quel moment arrêter sa startup ?”

  1. Stéphane Castellani Dit :

    Arrêter sa startup est comme si vous arrêtiez votre projet de construction de maison …. très difficile. Il faut de plus savoir rebondir derrière. Arrêter mais pour faire quoi précisément ensuite ? Il n’existe pas sur le marché de l’emploi de poste « entrepreneur salarié », d’autant plus que ce qui motive souvent un entrepreneur est sa liberté d’action. C’est très frustrant de repasser des entretiens d’embauche alors que vous en faisiez passer quelques mois plus tôt pour recruter vos collaborateurs.
    L’arrêt devient toutefois un décision salvatrice quand votre équilibre personnel ou familial est menacé.

  2. rlhez Dit :

    @Patrick :

    * merci pour la publication et les commentaires qui viennent tempérer le billet
    * Il y a de quoi faire un billet sur l’équilibre personnel et familial ^^

    @Stephane : Rebondir en tant que salarié est compliqué. Par contre, je vois pas mal d’entrepreneurs qui ont échoué, faire du consulting pour vivre tout en réfléchissant à leur prochain projet.

    En complément, je constate, personnellement mais aussi chez des camarades entrepreneurs, que contrairement à ce qu’on pourrait penser, le manque d’argent est rarement le motif principal de l’arrêt.

    Il y a de bien plus puissants : statut social / peur de passer à côté d’une carrière dans le salariat / aversion au risque / pression de l’entourage

  3. cédric labeau Dit :

    Merci pour cet article Romain.

    Comme le dit Patrick dans son commentaire, ce serait dommage de laisser tomber sa startup alors que le succès n’est peut être pas loin. Par contre, un entrepreneur ne doit pas non plus être complètement aveuglé par son idée de départ au point de n’écouter aucun conseil ou de n’opérer aucun changement.
    C’est compliqué tout ça:)

Laisser une réponse